TALON OU POINTE ?


Cette question se pose fréquemment, voyons quels principes permettent d'y répondre.

A. Voyons tout d'abord le cas de la marche.
Pour comprendre la marche lorsque l'on pratique un AM, il faut se reporter à trois points essentiels que nous ont laissés les maîtres.

  1. « Le karate ne s'arrête pas à la porte du dojo. » G. Funakoshi
  2. Les postures.
  3. L'utilisation du ventre aussi bien pour dessiner dans l'espace nos gestes et nos techniques que pour conduire nos déplacements.
1. Il est évident que si la pratique de l'art du ventre se trouve limitée au travail en salle, il sera difficile d'en acquérir les automatismes nécessaires à une réelle maîtrise (réagir avec le ventre). C'est pour cette raison qu'il faut s'en servir au quotidien pour s'entraîner.
On peut aisément apprendre à marcher à partir du ventre, il suffit pour cela, après avoir pris conscience du placement du bassin, de se concentrer sur la hanche qui sera le moteur de l'action.
Mettre son esprit dans la hanche correspondant au pied que l'on désire avancer permet une marche particulièrement rapide et endurante. Elle doit être également travaillée dans les escaliers où, en les montants par deux marches à la fois, on travaille au maximum à partir du hara. Il faut également se servir systématiquement du ventre à chaque fois que l'on tend un bras pour saisir quelque chose, que l'on ouvre une porte, une fenêtre...
Contrôlez la correction de votre marche.
En particulier l'attaque correcte du talon, la stabilité (placement du bassin) et la trajectoire en ligne droite.
Passez enfin à l'étude de la marche "à partir du ventre" en vous concentrant sur le travail du bassin (sur la hanche correspondant au pied que l'on désire projeter en avant). Sur terrain plat puis en montée et enfin dans des escaliers (attention toujours au placement du bassin).

2. L'étude des postures commence par celle de la marche. On peut considérer chaque déplacement comme l'enchaînement d'une série de postures qu'il faut adopter en passant sans heurt de l'une à l'autre. Réciproquement, chacune d'elles correspond à une répartition particulière du poids du corps lors d'un pas.
Par exemple, pour un pas en avant, nous aurons :

Zen-Kutsu posture d'engagement vers l'avant Kake-Dachi (deuxième forme) Heisoku-Dachi Nekoashi-Dachi Ko-Kutsu (deuxième forme) Fudo-Dachi Zen-Kutsu

Ainsi, lorsque l'on marche dans la rue, on le fait à partir du ventre en enchaînant les différentes postures.
Mais, avec quelques différences bien entendu.

La position étant naturelle (haute) ce n'est visible que par une personne ayant un haut niveau en AM.
Du fait que l'on n'utilise pas, alors, le ventre pour créer une technique avec les bras, on n'a pas besoin d'assurer la connexion entre hanche et épaule.
Ainsi, on conserve les épaules de face et l'on agit avec le ventre en créant une torsion au niveau de la taille qui a pour avantage de produire un travail abdominaux, obliques.
Bien entendu, dès que l'on utilise les bras, on connecte l'ensemble pour que le geste soit produit par le ventre.


Si l'on tient compte de ces éléments on se rend compte que lorsque l'on pose le pied devant soi on est en ko-kutsu (2e forme), ce qui veut dire que l'on pose le talon au sol sans qu'il puisse y avoir le moindre choc puisque le poids du corps n'est pas encore transféré sur cette jambe. Ensuite on enchaîne avec Fudo-Dachi, Zen-Kutsu etc.

Note : Si vous avancez votre pied en conservant vos hanches de face, votre jambe est trop courte pour que votre talon puisse toucher le sol. Par contre, en avançant la hanche correspondante votre talon sera près du sol. A tester.

Inversement, lorsque l'on recule (rompt) on pose la pointe en premier dans la posture d'engagement vers l'avant, donc le poids du corps repose entièrement sur l'autre jambe, puis on enchaîne à nouveau les postures (Zen-Kutsu...).
Ainsi, il reste possible de sentir le terrain derrière soi avant d'engager le poids du corps.


Lorsque l'on observe les promeneurs dans la rue on voit aisément que ceux qui « bottent » du talon et ceux qui marchent sur la pointe des pieds sont ceux qui utilisent un déséquilibre avant pour faciliter leur marche. Cette manière de procéder est une grave erreur pour un pratiquant D'AM mais également pour le simple promeneur car elle augmente le risque de chute et crée des tensions au niveau du dos qui doit sans cesse agir pour compenser le déséquilibre.
Il ne faut jamais être en déséquilibre (sauf intention particulière), c'est pour transmettre ce message que les maîtres insistent tant sur les postures. Si votre marche est incorrecte vos postures le seront également et vous ne maîtriserez jamais votre ventre.

3. Le fait d'utiliser le ventre aussi bien pour dessiner dans l'espace nos gestes et nos techniques que pour conduire nos déplacements permet de pouvoir commander aisément (simultanément) le haut et le bas. En effet, si l'on utilise la taille en conservant le bassin fixe, il faut commander séparément les jambes (déplacements, postures) ce qui est une erreur.

B. Les Pivots
De même, tout pivot se fait à partir d'une action du ventre en enchaînant les postures.
Ainsi, le choix entre pivoter sur le talon ou la pointe dépend tout d'abord de la posture (répartition du poids du corps) dans laquelle on se trouve. Si, par exemple, le poids du corps arrive sur la pointe il est naturel de pivoter sur la pointe.
S'il est sur le talon le pivot commencera sur le talon quitte à s'achever sur la pointe (l'action de la hanche qui s'engage dans la direction du pivot débute le placement du pied sur le talon jusqu'à ce que le poids du corps arrive sur la pointe...).
Ensuite l'intention compte également. Si pour un pivot de 180° SIA à partir d'un zen-kutsu droit, on désire prendre un peu de champs, un pivot sur la pointe sera adapté, par contre, un pivot sur le talon déplacera le corps vers l'adversaire réduisant ainsi votre temps de réaction.
Dans certains cas un pivot peut débuter sur le talon pour finir sur la pointe. Dans le cas du pivot précédent, s'il débute au moment où votre talon prend contact avec le sol en ko-kutsu (2e forme), il commencera sur le talon mais si vous désirez prendre du champs vous allez transférer vers la pointe en cours de pivot.
En conséquences, un pivot débute par une action du ventre projetant la hanche dans la direction voulue transférant simultanément le poids du corps sur le pied d'appui (pour le pivot).
Simultanément, suivant votre intention, vous pouvez modifier les appuis de votre pied (talon ou pointe).




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